Charlotte Le Bon | La plus française des québécoises

Le jeudi 15 février a eu lieu le vernissage « Propositions Inédites II » à la galerie Item. Située dans le 14ème arrondissement, près de Montparnasse, la galerie expose ce soir là plusieurs œuvres picturales, créées par divers artistes. Parmi eux, on peut nommer le grand David Lynch et Charlotte Le Bon. L’occasion de rencontrer la québécoise aux multiples talents.

charlotte 2.png© Instagram / @IdemParis

Principalement connue pour être comédienne, elle a notamment joué dans Yves Saint Laurent avec Pierre Niney et plus récemment dans La Promesse avec Christian Bale, Charlotte Le Bon a plusieurs cordes à son arc. On l’a connue sur Canal + en tant que Miss Météo il y a quelques années, et avant la télévision et le cinéma elle a touché à la carrière de mannequin. Tout ça alors qu’elle a à peine franchi la trentaine. Mais récemment, c’est de ses dessins et peintures dont on parle beaucoup. Après avoir proposé l’exposition « One Bedroom Hotel On The Moon » en 2016, puis « Pickle Melancolia » l’année dernière, elle expose cette fois-ci deux illustrations de ces fameux cornichons. Rencontre avec une originale inspirée et inspirante.

« Plus tu dessines, meilleur tu deviens »

Pauline – BlondiBrunette: Je vous retrouve aujourd’hui à la galerie Item à l’occasion du vernissage « Propositions Inédites II ». Pouvez-vous me parler de cette collaboration?

Charlotte Le Bon: C’est une collaboration qui a grandi entre Patrice [Forest] et moi. Je suis venue dans cet atelier il y a trois ans, c’est JR qui me l’a montré. Il voulait que je découvre le lieu et avait, je pense, cette intention de me faire reprendre le dessin, parce que j’avais pris une longue pause. Ça faisait des années que je ne dessinais plus. Lorsque qu’il m’a emmenée ici, j’étais très intimidée en tant qu’artiste. L’histoire de ce lieu peut facilement devenir plus grande que nos envies. J’avais commencé un tout petit dessin pendant que JR travaillais avec le duo de brésilien, Os Gemos. Patrice a vu ce dessin, il a commencé à me parler et une vraie relation s’est installée entre lui et moi. C’est devenu un peu mon parrain. Ça fait donc plusieurs années que je viens ici pour dessiner, mais aussi pour m’isoler. Il y a un an, quand j’ai fait ma première exposition je leur ai demandé si je pouvais faire une lithographie, on en a ensuite fait plusieurs ensemble, et petit à petit j’ai appris à connaître l’équipe de l’atelier. C’est cette sorte de sentiment de familiarité qui fait que maintenant ce lieu rime avec apaisement et ressourcement. L’humain a fait en sorte que je vois cet endroit comme un petit havre de paix. Et récemment, Patrice m’a annoncé qu’il faisait « Propositions Inédites II », il m’a proposé d’y participer et j’ai bien sûr répondu « évidemment ».

P – BB: Deux de vos illustrations sont exposées dans la galerie. Je remarque qu’il y a pas mal de cornichons dans ce que vous faites. Vous avez une passion pour cet aliment?

C : Je pense que c’est une phase. Je ne sais pas ce qu’elle représente. Le cornichon m’a toujours faite rigoler, je le trouve touchant et je trouve qu’essayer de l’humaniser ça fait forcément sourire. Il y a quelque chose de fédérateur. Pour le cornichon en slip, je me rappelle trouver ça drôle qu’un cornichon, qui ne représente clairement pas la sensualité, soit associé à un truc qui veut démontrer qu’il est dans une tentative de séduction déjà perdue d’avance, de par sa condition de cornichon. Et juste là on crée un sentiment. J’ai essayé de l’humaniser le plus possible. Par la suite j’ai fait toute une série d’illustrations de cornichons, notamment un qui est ensanglanté. D’une certaine façon je l’humanise.

« Je pense que l’inspiration, c’est aussi un état »

P – BB : D’où vous est venue l’envie de dessiner et de peindre lorsque vous étiez plus jeune ?

C : Ce n’était pas tant une envie qu’une nécessité. En tout cas je le faisais pour meubler mon ennui et le temps. Mes parents m’ont toujours encouragée à dessiner, ils m’ont toujours dit « n’arrête jamais de dessiner » parce que c’est tout con, mais plus tu dessines, meilleur tu deviens. Et ensuite j’ai fait l’équivalent d’un bac en arts plastiques au Québec. Après ça j’ai commencé à être mannequin, et puis j’ai eu l’occasion de présenter la météo au Grand Journal. Par la suite je me suis mise au cinéma. J’ai mis le dessin de côté pendant au moins six-sept ans. Ce n’est qu’en arrivant ici que je m’y suis remise.

P – BB : Qu’est ce que qui vous inspire le plus ?

C : Il y a plein de choses. Je pense que l’inspiration, c’est aussi un état. C’est quelque chose que j’ai appris à respecter parce que je peux aussi traverser des périodes, et c’est comme ça pour tout le monde, où il n’y a rien. On traverse des déserts, rien ne nous inspire, rien ne nous excite. Je me rappelle, j’avais beau lire, regarder des films, rien n’accrochait à mon cerveau. Et plus on se force, moins ça vient. Plus ça nous écœure, plus tout nous paraît insignifiant et on a envie de se taper dessus. Forcément ça amène à l’isolement et ça peut parfois être très très dark. J’ai traversé ça plusieurs fois. Et récemment, ma mère m’a dit « tu sous-estimes ces périodes, parce qu’inconsciemment tu fais le plein. » Et à chaque fois ça s’est débloqué. Quand j’arrive à passer de l’autre côté, tout ce que mon inconscient a emmagasiné ressort. Mais en règle générale tout peut m’inspirer: une photo que je vois, une musique que j’entends, un film que je regarde, quelqu’un qui dit une phrase etc. Tout peut prendre une dimension poétique, qui à mon sens est un état. Et je pense que c’est important de pouvoir naviguer entre les deux états, parce que si j’étais constamment dans un l’inspiration, je deviendrais folle. Les grands artistes qui produisent beaucoup deviennent parfois fou et ça ne les rend pas si heureux.

« Créer un message fort à partir de dessins simples, c’est le but de tout artiste »

charlotte 3.png© Instagram / @IdemParis

P – BB : Vous dites être une personne mélancolique. Est-ce que ça vous aide à trouver de l’inspiration ?

C : A mon goût, la mélancolie est un sentiment qui est doux-amer. C’est sûr que ça m’inspire. Il y a tout dans la mélancolie: de la tristesse, de la joie, de la nostalgie, de la colère, mais aussi de la résignation. J’aime aussi beaucoup ce mot, « mélancolie », ça coule.

P – BB : Quel artiste vous inspire le plus ?

C : Il y en a plein. Celui qui est indétrônable depuis des années, c’est Magritte. Sa poésie est inimitable et elle m’est étrangement familière. Parfois je vois ses tableaux et j’ai l’impression de les avoir vu dans des rêves. Ce sont des choses que je comprends, alors que c’est un artiste qui n’a jamais expliqué ce qu’il faisait. Il n’a jamais mis de mots sur sa démarche, chose que j’aime beaucoup aussi. Et puis sinon, dans les artistes plus récents, il y a David Shrigley que j’aime beaucoup. C’est un artiste anglais qui produit énormément, il est très actif. C’est quelqu’un qui fait des dessins pouvant s’apparenter à des dessins d’enfants mais qui sont pleins d’ironie, d’humour et de poésie, le parfait mélange.

P – BB : Je sais que vous aimez beaucoup Keith Haring. Qu’est ce qui vous touche tout particulièrement dans son univers ? 

C : Cet artiste peut arriver à faire passer des messages très fort avec des dessins extra-simples. Pour moi, c’est l’ultime but de tout artiste. On dit souvent que ses dessins sont très simples pour les enfants mais compliqués pour les adultes. J’adore car c’est un art accessible à tous. Ce qui m’impressionne c’est son niveau de productivité. Il était comme dans une urgence dans laquelle il savait ce que le dessin lui réservait. Et en même temps, il est complètement décomplexé.

charlotte 1© Instagram / @IdemParis

P – BB : Proposez-vous toujours un messages dans vos oeuvres ?

C : Non, pas nécessairement. L’interprétation est quelque chose de très personnel. Je trouve celle du public plus intéressante que la mienne. Ce qu’il y a de mieux c’est de savoir comment on interprète mon travail. C’est très fascinant mais parfois un peu décevant aussi. Il y a des fois où on me donne une interprétation de mes illustrations et je me dis « Mince, je pensais que ça rejetait quelque chose d’un peu plus profond que ça » [rires]

P – BB : Quels sont vos projets cette année ?

C : J’ai écrit et réalisé un court-métrage qui va être présenté à Cannes cette année. Ensuite j’ai deux tournages de films français cet été. J’aimerais bien travailler sur une nouvelle expo mais pour l’instant je n’ai aucune idée de ce que je veux faire. Ça va venir au fil des mois je pense…

Par Pauline, la brune

 

 

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