Claire Keim | « C’est une aventure magique depuis le début »

 

Claire Keim, c’est un talent pur et un timbre de voix unique. Depuis un an, elle s’est installée au Théâtre de Paris, pour y jouer l’adaptation de La Garçonnière, au côté de Guillaume De Tonquédec. Je vous en fait l’éloge dans un récent article que je vous invite à retrouver juste ici. Cela faisait un moment que je voulais rencontrer Claire afin de parler de cette pièce applaudie par la critique et le public.

La comédienne a accepté de me recevoir dans sa loge, au théâtre, quelques heures avant l’une de ses représentations. En arrivant, je la retrouve en compagnie de sa superbe costumière, en train de bavarder. Les deux m’offrent un accueil chaleureux, et puis la costumière s’éclipse. Je m’installe en face de Claire, à côté de son miroir de loge près duquel elle a étalé ses produits de maquillage. Avant que l’interview ne démarre, elle me demande, souriante, de lui parler un peu de moi. Je me sens tout de suite à l’aise, et l’entretien peut commencer.

Pauline – BlondiBrunette: Ça fait un an que vous jouez dans cette pièce de théâtre, qu’est ce que vous retenez de cette aventure ?

Claire Keim: Qu’elle est magique depuis le début. On a une chance incroyable. Ce spectacle a essayé de se monter plein de fois, mais ça tombait toujours à l’eau. Guillaume [De Tonquédec] s’est beaucoup battu pour essayer de monter la pièce. Il y a douze comédiens sur scène, c’est un spectacle qui est lourd financièrement, les décors sont très complexes. C’était un challenge fou ! Ils ont finalement réussi à monter la pièce. Mais personne n’y croyait, tout de le monde disait « cette histoire de garçonnière qui se passe en 1959 n’intéressera personne aujourd’hui ».

P – BB : Je trouve au contraire l’histoire très avangardiste.

C : Exactement, elle l’est. Et puis ça parle aussi de la condition des femmes, qui est un sujet qui remonte à la surface en ce moment. Depuis le début, il y a quelque chose de très magique qui nous suit, on s’entend tous très bien, il y a une vraie harmonie. On passe des week-end ensemble. C’est tellement intense ce qu’on vit, cette expérience nous a vraiment unis.

P – BB : Et qu’est ce qui vous a motivée à jouer dans cette pièce ? Vous connaissiez le film avant ?

C : J’avoue que non. Ça faisait partie d’un des films de Billy Wilder que je n’avais pas vu. Je connaissais d’autres films cultes de ce réalisateur que j’adore, mais pas celui-ci. Je vais être hyper honnête: j’adore Shirley McLane et Jack Lemmon, mais lorsque que j’ai vu ce film, je n’ai pas été bouleversée. Je l’ai trouvé chouette, mais je n’avais pas saisi ce qu’il y avait d’incroyable dans l’écriture de Wilder. J’ai découvert ça seulement lorsque j’ai relu la pièce. Dans cette histoire tout semble léger mais c’est en fait très profond. Et c’est ça qui m’a plu. Ça parle de personnages insouciants dans un monde très retord et manipulateur. Ce n’est qu’après avoir travaillé la pièce que le film a commencé à faire partie de ceux que je préfère.

« Le premier soir de la pièce, je n’étais pas moi-même »

P – BB : Avez-vous un élément de cet aventure que vous retenez particulièrement ?

C : Ce qui m’a incroyablement surprise, c’est le travail que nous avons fait avec José Paul [le metteur en scène de la pièce]. Comme je le disais, nous sommes douze comédiens, et il a réussi à adapter à chacun sa méthode de travail. Il n’a pas travaillé de la même façon avec tout le monde. Il nous donnait l’impression que les choses sortait de nous et savait choper le bon moment, nous dire lorsque qu’il sentait que quelque chose n’était pas forcément intéressant pour le rôle. Mais il n’a jamais été vexant ou déstabilisant. Avec lui je n’ai jamais senti le travail, ce qui, je trouve, est une sorte de génie. Il sait enseigner en donnant l’illusion qu’on s’amuse. Heureusement que je prends beaucoup de plaisir car depuis le premier jour j’ai le trac. Je suis très stressée.

P – BB : Aimeriez-vous retentez l’expérience d’une comédie américaine, au cinéma ou au théâtre ?

C : Oui oui oui ! Les comédies américaines du type Wilder et Capra, c’est tout ce que j’aime. Même si je n’étais pas une spécialiste de La Garçonnière avant, j’ai toujours vénéré Shirley McLain [elle me montre un autographe que l’actrice lui a signé]. J’ai un tendresse infinie pour ces actrices respectueuses de l’époque et des conventions. Mais on sent tout de même chez elles un feu, une grande liberté, une force. Toutes ces héroïnes m’inspirent beaucoup. Même Marilyn, qu’on dit comme étant légère, un peu sotte, je pense qu’elle était en fait un véritable génie. Arthur Miller ne l’a pas épousée pour rien. Ces actrices inspirantes qui ont joué dans des comédies américaines me donnent envie de suivre ce genre de registre.

P – BB :Vous rappelez-vous du premier soir où vous avez joué La Garçonnière ?

C : Je n’étais pas moi-même, j’avais tellement peur. Je passais mon temps à essayer de me rassurer en me disant que je n’étais pas seule. Mais intérieurement c’était la panique. En plus, le producteur était tellement fier du spectacle qu’il avait invité tout Paris, le premier jour. Pour moi c’était l’horreur. Je pense, et j’espère, que depuis le début de la pièce j’ai progressé. Je suis contente de ce qu’on fait, mais ça m’as pris du temps. J’aurais aimé qu’il attende que je sois plus à mon aise avec la pièce avant d’inviter tous ces producteurs et réalisateurs pour venir nous voir.

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P – BB : Avez-vous un conseil qu’on vous a donné et que vous appliquez chaque soir?

C : Il y a un conseil que j’ai reçu il y a pas longtemps, que Jean-Pierre Lorit [son partenaire dans la pièce, qui joue Mr. Sheldrake] m’a donné. Il voyait mon état de trac. Dès le début de la pièce, j’avais peur de ne pas réussir telle chose que je devais jouer dans cinq minutes. En voyant mon angoisse, il m’a dit « Un pas après l’autre. Quand tu traverses une rivière, tu ne penses pas tout de suite à être à l’autre bout. Tu regardes les pierres sur lesquelles tu vas pouvoir poser tes pieds pour traverser ». Et lorsqu’il m’a dit ça, tout m’est paru plus claire. J’ai réalisé qu’il fallait que j’arrête de stresser pour une scène qui est dans trois quarts d’heure. C’est un conseil qui m’a énormément apaisée. J’apprends mon métier grâce à cette aventure.

P – BB : Il y a t-il des objets qui vous sont chers, un peu comme fétiches ?

C : J’ai cette boîte que ma meilleure amie a faite, avec des photos qu’elle avait des gens que j’aime, ma famille, mes enfants, mes amis… je l’avais déjà sur « The Guitrys ». C’est une petite boîte raccord que je descends pour refaire mon maquillage entre les scènes. J’ai aussi cette photo que mes copines ont réussi à avoir, de Shirley McLaine, qu’elle a signé d’un « Break a leg » [trad. « bonne chance »]. Et puis j’ai ce poème accroché au mur. C’est ma fille qui me l’a écrit et je le trouve sublime. Je ne suis pas du tout fan de ma fille hein !  [rires]

« J’aimerais croire qu’une belle histoire d’amour peut commencer entre Novak et Baxter »

P – BB : Et au bout d’un an, est-ce qu’on se lasse ? Où puisez-vous votre énergie ?

C : Impossible de se lasser de cette pièce. C’est jamais la même chose et nos journées sont toujours différentes. Je ne change jamais la mise en scène, mais certains soir, Novak [son personnage] est complètement désespérée, d’autre fois en sursaut et en réaction,  parfois drôle, ou même tendre. Ça évolue en fonction de ce que le partenaire fait sur scène, si quelque chose nous surprend. Guillaume est un virtuose. Il s’autorise parfois des choses que le public n’entend pas. Il rajoute des petits éléments qui me font rire, qui me réveillent. Il est dans une euphorie entraînante, un émerveillement. Ça n’a pas de prix !

P – BB : Vous voyez un mot pour décrire cette histoire ?

C: Il n’y a pas un mot en particulier. On y retrouve quelque chose de joli sur la solitude des grandes villes, sur l’innocence, sur le pouvoir qui peut nous changer.

P – BB : Pour finir cet entretien, que souhaitez-vous à votre personnage ?

J’aimerais croire qu’une belle histoire d’amour peut commencer entre Novak et Baxter. Mais je connais un peu trop les êtres humains pour y croire. En fin de compte, je pense que quelqu’un comme Sheldrake qui est détestable, c’est très difficile de s’en défaire quand on l’a dans la peau. Je pense que parce qu’il la fait souffrir, elle l’aime encore plus. Novak est suicidaire et possède une violence en elle, tandis que Baxter est tellement gentil. Elle a un ascendant sur lui. Par amour pour mon personnage, j’ai envie d’y croire, mais sur le papier je ne sais pas si cette histoire pourrait fonctionner. Bien sûr, cette interprétation n’est que personnelle.

L’entretien s’achève, et elle m’embarque pour me faire visiter les décors et me faire découvrir les costumes…

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Processed with VSCO with f2 preset© Pauline – BlondiBrunette

claire

Par Pauline, la brune.

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